L’extrême droite raciste prolifère et le laïcisme sectaire et dogmatique considère que la religion est une idéologie d’asservissement. Des chefs d’Etat et de gouvernement occidentaux, des personnalités, avec virulence et cynisme, diabolisent les musulmans. Dans le cinéma américain les scénaristes ont fait du «méchant» le musulman. Des Occidentaux confondent entre Islam et phénomènes rétrogrades.
Des journaux publient des opinions dignes des temps des croisades, de la colonisation et des années trente: «Je hais l’Islam», «la talibanisation des sociétés musulmanes se généralise», «la logique de violence de l’Islam» et «le choc des civilisations est en train de triompher…à cause des musulmans». Des intellectuels, notamment sionistes, tiennent des propos fondés sur la manipulation politique des peurs, jadis propagande de fascistes. Des intellectuels d’origine musulmane, dénigrent de manière schizophrénique leurs racines. L’islamophobie se banalise, à grands coups d’amalgame.
Le musulman, comme le juif hier, est présenté comme une menace pour les sociétés occidentales. La peur entretenue fait croire qu’il cherche à imposer à la société occidentale un autre mode de vie qui entraînerait une déstabilisation. Tout cela signe la victoire de l’ignorance, de la désinformation et de la provocation.
La troisième cause de l’islamophobie est liée au fait que l’Occident, malgré sa puissance et des acquis prodigieux, est confronté aux impasses de la déshumanisation, de la désignification et de la marchandisation de l’existence. Les musulmans sont pris comme boucs émissaires. D’autant que l’Islam reste le témoin de la spiritualité, l’autre version de l’humain perçue comme concurrente, qui résiste à la déshumanisation et à la volonté d’hégémonie totale.
Paradoxalement, malgré ses difficultés, l’Occident vise l’occidentalisation du monde, qui est un pari impossible, car cela demande d’abandonner des valeurs qui ont fait leur preuve, pour une appartenance ambivalente, problématique et compromise.
La quatrième cause de l’islamophobie a trait aux réactions aveugles de ceux qui usurpent le nom de l’Islam, le terrorisme des faibles qui nourrit la bête immonde antimusulmane. L’apparition de courants fondamentalistes et extrémistes dans nos pays, phénomène favorisé par des facteurs internes et un soutien de l’extérieur, a alimenté l’islamophobie.
Le monde musulman, par-delà son hétérogénéité et ses potentialités, empêtré dans le repli, les luttes intestines et une décadence, a des difficultés à se réformer, à réaliser la ligne médiane, authenticité et progrès. Il cherche rarement à remédier intelligemment à l’islamophobie. Sous prétexte que la question est politique ou mafieuse et non religieuse, il sous-estime les effets sur la mémoire collective occidentale de la peur du terrorisme des faibles et le poids des attentats du 11 septembre, et d’autres, comme à Madrid et Londres.
Cependant, des initiatives historiques, pour relancer le dialogue des religions et des cultures, eurent lieu comme ma rencontre avec le pape, puis la lettre, dirigée par la fondation d’Amman «Ahl Al-Bayt» en Jordanie, des 138 savants musulmans, aujourd’hui plus de 500, où on appelle les dignitaires des autres religions à une «Parole commune» pour le bien de l’humanité. La Turquie et l’Iran avec Khatami proposent des forums sur ce thème. Le roi d’Arabie, gardien des Lieux Saints, organise en 2008 un congrès mondial à Madrid et à l’ONU sur la question.
L’Algérie terre de symbioses intenses des cultures et des civilisations, de son côté, a toujours soutenu le rapprochement des peuples et le dialogue des civilisations, des cultures et des religions. Comme le symbolisent ses textes politiques de références, de 1954 à ce jour, et les discours du chef de l’Etat à New York en 2000, à l’Unesco en 2005 et à la Sorbonne en 2003. Sans oublier le colloque international d’Alger en 2001 sur le théologien philosophe algérien saint Augustin et les nombreuses conférences sur le dialogue. Le sujet est devenu un enjeu des relations internationales.
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